Un article du 9 février où l'on apprend que Sarkozy est soutenu par Conrad Black "propriétaire du groupe de presse canadien Canwest et sous le coup d'une inculpation aux Etats-Unis pour racket, obstruction à la justice et blanchiment d'argent."
Une campagne au goût de roquefort
par Anthony Bellanger
Le "trou d'air" de Ségolène Royal, l'apparition bucolique d'Astérix... pardon, de José Bové, et l'enthousiasme des ultraconservateurs pour Nicolas Sarkozy : la presse internationale commence à prendre position.
"Ségolène Royal en détresse" à la une du quotidien de gauche berlinois Die Tageszeitung : la presse internationale – y compris celle dont on pourrait attendre une certaine bienveillance à l'égard de la candidate socialiste – commence à se rendre compte que quelque chose cloche du côté de celle qui était encore, il y a quelques semaines, pour la Tageszeitung en tous cas, "la chérie des Français".
Le quotidien souligne que "l'écart se creuse dans les sondages en faveur de Nicolas Sarkozy", et que toute la France ne se pose qu'une seule et unique question : "Va-t-elle réussir à inverser la tendance ?" Reste tout de même le ton bienveillant du reportage que la correspondante de la Tageszeitung a réalisé en se rendant à un débat participatif en présence de la candidate. Dorothea Hahn y souligne l'affluence (3 000 personnes), le sérieux et aussi les attentes des participants.
Ségolène Royal – sans caméras – demande à ses auditeurs de "rester rebelles" et l'article se termine – mi-figue, mi-raisin – par cette conversation entre deux jeunes femmes : "Qu'elle commence par nous faire un joli programme, et, quand elle sera présidente, on la convoquera à nouveau tous les six mois pour un nouveau débat participatif." Le rendez-vous est pris…
Etonnamment, la candidate socialiste fait aussi la une de la presse argentine, et en tout cas de La Razón. Mais la raison d'un tel honneur est assez facile à expliquer : les Argentins ont une Ségolène Royal locale. Elle s'appelle Cristina Kirchner et, ici, c'est l'effet miroir qui joue. D'abord, la sénatrice de Buenos Aires est cinquantenaire, femme d'un homme politique de premier plan – en l'occurrence, l'actuel président de la République argentine, Néstor Kirchner. Ensuite, elle est populaire dans son pays et, surtout, on parle beaucoup d'elle pour la présidentielle d'octobre prochain. Du coup, lors de son passage à Paris, elle a tenu à rencontrer la candidate socialiste.
Un autre quotidien argentin, La Nación, consacre d'ailleurs à ce rendez-vous une page entière où l'on apprend que la salle de réunion du QG de Ségolène Royal ne suffisait pas pour contenir la délégation argentine (on n'attendait visiblement pas tant de monde au 282, boulevard Saint-Germain) et que Ségolène Royal a failli commettre une nouvelle bévue. En sortant de l'entretien avec Mme Kirchner, la candidate socialiste a simplement lâché un "Dès que la campagne commence, appelle-moi", qui a failli être compris par la presse argentine surreprésentée comme un aveu de candidature. Car à Buenos Aires, Mme Kirchner entretient un savant suspense sur ses intentions. Pas bégueule, La Nación évoque "le franc-parler bien connu" de Ségolène Royal et insiste sur le fait que "l'attaché de presse de la candidate a insisté pour que seul l'ambassadeur d'Argentine parle aux journalistes". Prudence, donc.
Tranquillement, les correspondants étrangers poursuivent aussi leur travail de diversification et d'information. Après la découverte de François Bayrou, la semaine dernière, l'entrée en campagne de José Bové a suscité quelques articles… ironiques. Le leader paysan met "du roquefort dans la campagne" pour les Suisses de la Basler Zeitung, qui rappelle, plus sérieusement, que "comme d'habitude, la gauche alternative française est émiettée".
Le Soir de Bruxelles signe un petit portrait de Bové intitulé : "Ses bacchantes ont fait le tour du monde". Le ton est à l'avenant : "Si c'était un fromage, José Bové serait le roquefort. Celui qu'il a défendu quand les Américains l'ont surtaxé. Si c'était un objet, ce serait des menottes. Celles qu'il a exhibées quand il s'est fait incarcérer pour la première fois, en 2002, pour avoir spectaculairement 'démonté' un McDo' à Millau. Si c'était un trait de reconnaissance, ce serait la moustache. Celle qui l'a fait connaître par-delà l'Atlantique comme l'Astérix du Larzac. A moins que ce ne soit la pipe ou le portable, toujours collé à l'oreille. Si c'était une posture, ce serait l'insoumission." Mais le quotidien ne peut s'empêcher non plus de donner le coup de pied de l'âne, en remarquant "son goût très prononcé pour les médias ou la mise en scène".
Quant à Nicolas Sarkozy, il continue d'engranger les soutiens. Les plus prestigieux comme les plus sulfureux. Celui de Conrad Black appartient à la seconde catégorie. Conrad est en effet ce qu'on appellerait en France un ultraconservateur doublé d'un ultralibéral. Il est aussi propriétaire du groupe de presse canadien Canwest et sous le coup d'une inculpation aux Etats-Unis pour racket, obstruction à la justice et blanchiment d'argent. Bref, c'est cet homme qui, dans son propre quotidien, le National Post, s'enthousiasme pour Nicolas Sarkozy, "l'homme qui peut sauver l'Europe".
Selon M. Black, "la Ve République n'a de république que le nom, donné par Charles de Gaulle a un système monarchique". Tout irait bien, poursuit l'éditorialiste, si "les présidents successifs n'étaient allées de mal en pis". Le dernier d'entre eux, Jacques Chirac, étant qualifié de "beau parleur dénué de convictions, de substance et d'intégrité". Quant à la France d'aujourd'hui, elle serait "la proie de hordes de jeunes musulmans ennemis de la culture occidentale". La preuve ? Les émeutes de novembre 2005.
Bref, pour Conrad Black, le seul homme pour sauver le pays du gouffre s'appelle Nicolas Sarkozy. Et son élection est d'autant plus importante que "seule la France peut sortir l'Europe de ce modèle social" néfaste dans lequel elle s'est enfoncée – à l'exception de la Grande-Bretagne. Pourquoi la France ? Parce qu'elle seule "a la puissance économique, la crédibilité mais aussi le panache nécessaire". Pour Conrad Black, donc, "le continent attend un nouveau leadership, et Sarkozy est ce leader". C'est ce qu'on appelle – vu de France, en tous cas – le baiser de la mort.
Sources Courrier International
Posté par Adriana Evangelizt

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