Un article de Paris-Match sur Ségolène et Françoise de Panafieu...
Deux femmes en politique
Auteur : François de Labarre, Jean-Marie Rouart
Ségolène Royal. Même à Rome, tous les chemins mènent à elle.
Studieux week-end romain pour Ségolène Royal. Invitée par Piero Fassino, le leader de Democratici di sinistra, le grand parti de la gauche transalpine qui pourrait triompher de la formation de Berlusconi aux élections d’avril, la présidente de la Région Poitou-Charentes a assisté à un colloque sur la politique familiale. L’ancienne ministre à la Famille et à l’Enfance a réaffirmé son intérêt pour « les problèmes périphériques, l’enfance, la famille, l’environnement ». Une élégante façon de répondre à ceux qui contestent ses ambitions présidentielles au prétexte qu’elle n’aurait jamais géré de « grands dossiers ». Alors que la presse italienne saluait la « naissance d’une étoile » en politique, notre tableau de bord Paris Match-Ifop des personnalités préférées des Français confirme sa montée : avec 70 % de bonnes opinions, Ségolène Royal arrive juste derrière Bernard Kouchner. Candidate déclarée à la candidature pour la présidentielle de 2007, l’épouse du premier secrétaire du P.s. a rappelé qu’elle n’était pas en campagne. Seulement en week-end dans la Ville éternelle.
Panaf à l'assaut de Paname. Le député-maire du XVIIe arrondissement a remporté les primaires de l’U.m.p. et va mener bataille pour la Mairie de Paris contre Bertrand Delanoë. Encore une femme qui a le vent en poupe.
Elle est la première femme en mesure, peut-être, de conquérir la capitale. Le 28 février, au second tour des primaires organisées au sein de la fédération de Paris, Françoise de Panafieu a été désignée tête de liste U.m.p. pour les élections municipales de 2008. A 57 ans, cette mère et grand-mère active entend unir toute l’opposition. Le précédent scrutin, perdu par la droite, ne doit plus être qu’un mauvais souvenir. Député depuis 1988, ministre du Tourisme du gouvernement Juppé, adjointe au maire de Paris à l’époque de Jacques Chirac et de Jean Tiberi, l’adversaire de Bertrand Delanoë confie à Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, qu’après l’échec de la candidature de la Ville lumière aux J.o. 2012, elle rêve de lui redonner du « sens » et de laisser sa « signature ». « Panaf » attaque.
SEGOLENE ROYAL
Surtout ne pas trop en faire. La délégation de Ségolène se résume à deux personnes. Face aux déplacements de Sarkozy, c’est David contre Goliath.
« J’ai failli annuler ce voyage. » Ségolène est inquiète parce que son déplacement en Italie tombe deux jours avant celui de Laurent Fabius et trois jours avant celui de Lionel Jospin ! « Je ne pouvais pas annuler parce que cette grande journée était prévue depuis longtemps », se justifie-t-elle. La femme politique, en tête des sondages, marche au pas de course la mine inquiète, dans le couloir de l’aéroport de Roma Fiumicino réservé aux V.i.p., et appelé pompeusement « cerimoniale di Stato ». Avec ses bottes en cuir marron, son sac rouge, son grand manteau blanc, cette jolie femme pressée et d’allure moderne ne voudrait pas qu’on la prenne pour une tueuse piétinant le terrain des autres. Maintenant qu’elle a prouvé que sa notoriété n’était pas une bulle médiatique, elle doit faire face aux envieux. A la question : « Comment expliquez-vous votre succès dans les sondages ? », elle répond qu’elle ne cherche pas à l’expliquer. « Je le constate, dit-elle simplement, il est peut-être dû à ce que j’incarne et surtout à ce que j’ai fait de concret. » Ces prochains mois, elle va donc essayer de continuer son travail tout en gardant la tête froide. C’est parfois difficile, surtout avec ces journalistes italiens très intrigués qu’une femme prétende gouverner un pays latin, et qui l’ont interrogée sur la réussite d’une campagne qui n’a même pas commencé. Avant de répondre aux questions du magazine « L’Espresso » qui lui consacrait quatre pages, la présidente de la Région Poitou-Charentes a prévenu que l’ouverture de la candidature à la candidature n’était prévue que pour le mois de septembre. Ségolène marche sur des œufs. C’est pour cela qu’elle semble préoccupée par ce hasard de calendrier qui a fixé sa visite juste avant celle de Fabius et de Jospin, dont, fatalement, on parlera beaucoup moins. Cela risque de mettre de l’huile sur le feu, d’autant que le hasard a aussi voulu que Ségolène prenne le même avion que Danielle Mitterrand, qui a profité de la présence d’une poignée de journalistes pour apporter son soutien à... Ségolène Royal ! Une de plus ! Ce samedi 4 mars, Ségolène a décidé de ne pas en faire trop. La délégation de ce déplacement officiel est réduite à son strict minimum : deux personnes. C’est Patrick Mennucci qui l’accompagne, l’Italien du P.s., spécialiste des questions méditerranéennes, vice-président du conseil régional de Paca et conseiller municipal à Marseille. « On a demandé si on pouvait emmener une troisième personne, a-t-il confié, mais le parti n’a pas voulu, faute de moyens. » Le P.s. contre la grosse machine de Nicolas Sarkozy, c’est David contre Goliath !
Sur la route, sous les affiches immenses d’un Silvio Berlusconi au visage lisse, des affichettes annoncent l’arrivée dans la capitale italienne de Ségolène Royal. Au Grand Hotel de la Minerve, Piero Fassino embrasse son amie Ségolène. Lui, c’est le leader de Democratici di sinistra, le grand parti de gauche, le « François Hollande » italien. Il ne lui ressemble pas du tout physiquement : il est grand, maigre, avec le visage creux et le nez aquilin, mais il a un point commun avec le leader du P.s., son épouse est une femme politique. Anna Serafini est, elle aussi,, candidate aux élections sénatoriales dans la région de Venise. Les deux couples qui s’entendent très bien partagent la même vision moderne de la place des femmes dans la politique. « Le tiers de nos candidats aux législatives seront des candidates », se réjouit Piero Fassino dont le parti est celui qui compte le plus de femmes en Italie. « 54 % de la population italienne sont des femmes et seulement 10 % sont au Parlement », déplore cet homme friand de chiffres. S’il se félicite qu’une femme comme Ségolène puisse avoir un poids politique aussi important en France, il ne soutient ni n’encourage sa candidature à l’élection présidentielle car il sait que ce n’est pas le moment. Piero Fassino, qui aspire au poste de ministre des Affaires étrangères, se montre diplomate en parlant de Ségolène Royal : « Nous la considérons comme une grande personnalité politique, on la suit avec intérêt et sympathie », dit-il le sourire en coin et l’œil brillant comme pour signifier, au grand dam du journaliste qui l’interroge, qu’il n’en dira pas plus. Pendant le déjeuner, il confie en privé que « Ségolène est la personnalité politique de la gauche française que les Italiens connaissent le plus ». Il suffisait de la voir passer devant la terrasse du café Sant’Eustachio, derrière la place du Panthéon, pour s’en rendre compte. Dès son entrée dans le Teatro Valle où se tient cette conférence nationale, une foule compacte la prend d’assaut et elle est accaparée par la presse. Le colloque est consacré à l’enfance et à l’adolescence, des sujets que l’ancienne ministre déléguée chargée de la Famille maîtrise parfaitement. Ségolène Royal prononce un discours brillant, sans notes.
Les trois heures de bel canto et de discours qui ont précédé l’intervention de Ségolène ne l’ont pas fatiguée. « Je ne doute pas que les résultats des élections à venir vont faire revenir l’Italie dans l’Europe car l’Europe a besoin de l’Italie », conclut-elle avant d’être chaleureusement applaudie. « Une victoire de la gauche dans les deux pays permettra de retisser des liens », commente un militant du parti Democratici di sinistra. Il est vrai que, tandis que tous les leaders de la gauche française défilent à Rome pour soutenir la candidature de Romano Prodi, aucun représentant de droite n’a osé saluer Silvio Berlusconi. Les relations entre les deux pays sont tendues : l’Italie, qui en veut à la France d’avoir refusé la Constitution européenne, la taxe maintenant de protectionnisme à cause de la fusion Suez-G.d.f., empêchant le succès de l’O.p.a. d’Enel sur Suez. Une fusion « injustifiée », d’après Ségolène Royal, qui propose de structurer l’industrie et le secteur de l’énergie en Europe pour peser face à des géants tels que la Chine ou l’Inde. Dynamique, souriante, sûre d’elle-même, Ségolène Royal charme l’Italie et les Italiens dont elle se sent proche.
Après une rencontre avec Walter Veltroni, le maire de Rome, dans ses bureaux qui surplombent le Forum, « la » Ségolène s’entretient au téléphone avec Romano Prodi, le candidat de la gauche italienne qui, dans les sondages, mène encore de quatre points contre Silvio Berlusconi. Pendant sa campagne, qui s’intitule « Pour un gouvernement sérieux », la stratégie de la gauche consiste à « dire ce qu’on peut faire ». Face à un Nicolas Sarkozy débordant d’imagination, la très pragmatique Ségolène Royal pourrait bien s’inspirer du slogan transalpin. En attendant d’être enfin désignée candidate à la candidature, elle observe avec intérêt cette gauche italienne qui s’active. Ironie du sort, ou dernier hasard malheureux. Face à l’hôtel où logent Ségolène Royal et sa délégation trône la statue d’un éléphant au milieu d’une place déserte. Clin d’œil à ceux du P.s. qu’elle s’apprête à envoyer au cimetière. Il fait face au Panthéon où reposent, bien sûr, les grands hommes.
FRANCOISE DE PANAFIEU
Françoise de Panafieu “La fameuse politique de la circulation de M. Delanoë ! Il n’a réussi qu’à dresser les Parisiens les uns contre les autres, les piétons contre les automobilistes, les automobilistes contre les cyclistes”.
Avec ses yeux d’azur et ses cheveux gris, elle a l’air d’une louve heureuse d’avoir pris la tête de la meute. On le sent, elle aime la conquête, les combats nécessaires pour parvenir à l’emporter dans ce monde viril où elle est pourtant partie avec le plus lourd des handicaps : être une femme. La droite et la gauche ne sont pas dissemblables sur ce point. Le Parti socialiste avait réussi à donner le change par quelques nominations cosmétiques, mais le masque est vite tombé dès que Ségolène s’est envolée dans les sondages. De Strauss-Kahn à Emmanuelli, jusqu’au pourtant très consensuel Jack Lang, qui a largement fait commerce de tolérance, ils ont tous vu rouge. La droite, elle, n’a pas cessé de professer un bon machisme des familles. A l’exception de la parenthèse Giscard d’Estaing, qu’il faut saluer, car le président a fait figure de précurseur en propulsant sur le devant de la scène Simone Veil, Alice Saunier-Seité, Christiane Scrivener, Françoise Giroud et beaucoup d’autres. L’épisode de l’éviction des « Juppettes », dont faisait partie Françoise de Panafieu, n’a fait que confirmer ce qu’on savait sur le peu d’estime que la gent politique manifestait au « deuxième sexe » dès qu’il s’aventure sur son terrain d’excellence et sur ses chasses réservées.
Mais, entre-temps, la cause des femmes a évolué. Lassés de révérer l’icône Simone Veil qu’on leur présentait avec d’autant plus d’encens qu’on savait que celle-ci ne traverserait jamais le chemin d’aucune ambition ; lassés également de l’assurance, de la suffisance autant que de l’insuffisance des hommes politiques qui les ont menés en bateau, les électeurs se disent : pourquoi pas les femmes ? Puisque les hommes n’ont pas cessé d’échouer, d’être infidèles à leurs promesses, il ne reste plus qu’à faire confiance à ces femmes si longtemps négligées. D’où le phénomène Ségolène, dont l’onde de choc, après avoir secoué le Parti socialiste, fait l’effet, avec le succès de Panafieu, d’un bénéfique électrochoc sur la droite.
Le pari était risqué pour Sarkozy. Cette répétition générale des primaires pour la présidentielle pouvait lui réserver une mauvaise surprise : un retour des caciques comme Tiberi. Cela n’a pas été le cas, celui-ci a au contraire retrouvé, grâce à sa pugnacité, sinon sa virginité perdue, du moins une image tout à fait présentable. L’autre risque, c’était la coalition des trois concurrents contre une femme, ce qui aurait eu un effet aussi désastreux que l’élimination des « Juppettes ». La mise en orbite de Panafieu a pour Sarkozy tous les avantages : elle calme le jeu politique à Paris après le bourbier délétère des dernières municipales dans la capitale ; elle lui apporte dans sa course à l’Elysée une quasi-coéquipière de charme qui va donner à son image fébrile et tendue de Bonaparte à Arcole la douceur rassurante d’une femme qui, si elle sait se comporter bravement au
Car « Panaf », comme on dit familièrement, est désormais indéboulonnable. Aucun prédateur ne se risquera à lui disputer la primauté, pas même Villepin si d’aventure le grand barzoï de Matignon caressait l’idée d’aller attendre des sondages plus favorables sous les plafonds surdorés de l’Hôtel de Ville de Paris.
Françoise de Panafieu me reçoit en tailleur pantalon bleu marine dans son bureau de la mairie du XVIIe arrondissement dont elle est le député-maire. Seuls signes de sa nouvelle élévation, deux gros bras au bas de l’escalier scrutent le visiteur. Malgré sa victoire, Françoise de Panafieu n’exulte pas. Elle est déjà dans l’autre phase, celle du duel avec Delanoë qui ne l’a jamais ménagée et qui a peut-être senti qu’elle serait un jour pour lui la menace la plus dangereuse.
Panafieu évite donc tout triomphalisme : « Une vraie page a été tournée. Il y a désormais l’union, et mes anciens concurrents – et non pas adversaires – l’ont admis. Je suis maintenant le chef de file. C’est ensemble, avec eux, que nous devons fédérer les Parisiens. C’est ensemble que nous gagnerons l’Hôtel de Ville en 2008. Pendant toute ma campagne, j’ai privilégié le dialogue pour préparer l’union du lendemain. Maintenant, il faut tourner la page des primaires qui se sont bien passées. Elles ont permis à une droite parisienne invisible et peu écoutée d’être visible et audible. Elles ont permis de dresser un premier bilan des quatre années de gestion de M. Delanoë. C’est une prise de conscience qui a commencé pour les Parisiens après l’échec de la candidature de Paris aux Jeux olympiques. Ils ont senti que leur ville avait été mal défendue par un maire qui avait tout focalisé sur sa personne alors qu’il fallait faire adresser ce message par un grand sportif. Enfin, quand on est fier de sa ville, on a pu éprouver de la honte quand, après la défaite, il s’est montré mauvais joueur vis-à-vis des Anglais. Ça manquait d’allure. »
Paris Match. La politique parisienne de Bertrand Delanoë ne se limite pas aux Jeux olympiques.
Françoise de Panafieu. Cet échec a été une révélation. Qu’est-ce qu’un maire, surtout celui d’une ville aussi légendaire que Paris ? Son rôle, c’est donner du sens, une direction, des objectifs. Au lendemain de la défaite aux Jeux olympiques, les Parisiens ont pris conscience que Paris, avec Delanoë, était vide de sens. Le seul véritable objectif qu’il leur proposait, c’étaient les Jeux. Sorti des Jeux, il n’y avait plus rien. Ça n’est pas acceptable. Paris est la capitale de la France et c’est un mythe mondial. Le maire ne doit pas jouer perso. Il doit incarner sa ville et être capable de la projeter dans l’avenir indépendamment des aléas et des circonstances. Aujourd’hui, on ne voit pas ce que sera Paris dans quinze ou vingt ans. On ne voit que Delanoë.
P.M. Et vous, comment voyez-vous Paris dans quinze ou vingt ans ?
F. de P. J’aime les maires qui laissent leur signature sur les villes qu’ils dirigent. Ceux qui leur font faire un pas décisif. Chirac a été un grand maire. Il a créé la fonction de maire de Paris et lui a donné sa carrure, son ampleur. Il en a fait une plate-forme internationale. C’est grâce à lui que Paris est devenu un grand vaisseau à la fois local et international. J’ai aussi beaucoup d’estime pour l’ancien maire de New York Rudolph Giuliani. Il a réussi à faire reculer la criminalité dans sa ville qui avait la réputation d’être un coupe-gorge. Il faut rendre Paris à nouveau attirant. Il faut donner l’envie d’y vivre et d’y venir. Je ne connais pas de capitale qui se porte bien sans conjuguer deux exigences : on doit pouvoir y vivre bien mais aussi la ville doit créer de la richesse. Or, actuellement, M. Delanoë est exclusivement tourné vers la vie à Paris, la ville ne crée plus de richesses. Je suis convaincue de la nécessité pour Paris d’avoir un grand projet fédérateur qui rassemble non seulement les Franciliens mais aussi tous les Français et, au-delà, tous ceux qui, dans le monde, regardent Paris. Car il ne faut jamais oublier que la capitale est non seulement une référence mais que, pour beaucoup, elle a une mission universelle. Elle a toujours été sur le plan culturel au confluent des questions esthétiques et des questions éthiques. Elle a réconcilié la tradition et l’avant-garde. C’est la rencontre en son sein de Voltaire et de Zola, de Mauriac, de Malraux, du classicisme de David et d’Ingres, mais aussi de la révolution impressionniste, du mouvement surréaliste. Paris a magnifiquement su marier les contraires et donner aux forces intellectuelles et spirituelles de la province un porte-voix exceptionnel. Paris est vraiment la voix de la France, chargée de tout le poids de son passé historique, mais aussi de toutes les virtualités de l’avenir. Pour beaucoup d’hommes et d’écrivains d’Europe centrale ou de pays opprimés, comme Cioran, Ionesco ou Romain Gary, Paris a incarné la capitale de la liberté et de la beauté. Cela oblige à une certaine exigence et à une grande ambition.
P.M. Vous avez encore un adversaire, un concurrent en tout cas, Bernard Debré ?
F. de P. Bernard Debré n’a pas clarifié sa position. C’est son choix. Il est difficile de savoir où il se situe. Il était à l’U.d.f. et il a fait un pas vers l’U.m.p. Il est difficile à définir. Seule chose certaine, il est médecin. Il est entre deux chaises. Il a choisi de ne pas être candidat aux primaires pour des raisons qui lui appartiennent. Aujourd’hui, ces primaires se sont révélées un succès ; 11 000 adhérents sont venus à notre rencontre. Je vous rappelle pour mémoire que Delanoë n’avait été désigné que par 3 500 militants socialistes. Je vois mal quelqu’un ayant refusé la compétition se décréter subitement candidat. Etre maire de Paris, ça ne se décrète pas, ça se mérite. Il va sans dire que tous les talents sont les bienvenus dans mon équipe. Bernard Debré y aura bien sûr sa place s’il le souhaite.
P.M. Et Villepin, ne risque-t-il pas de tourner ses ambitions vers Paris ?
F. de P. Indépendamment du respect et de l’amitié que j’ai pour lui – l’homme n’est bien sûr pas en cause –, je ne le vois pas venir troubler le jeu. Sarkozy, avec ces primaires, a donné la possibilité aux adhérents de l’U.m.p. de trancher pour éviter les cafouillages et l’échec des dernières municipales. Le nombre des adhérents à l’U.m.p. a doublé. Je vois mal un président de parti politique, fût-ce le talentueux Nicolas Sarkozy, aller expliquer à ses militants, qui ont travaillé à un projet collectif, qui se sont prononcés, que tous leurs efforts sont nuls et non avenus parce qu’un parachuté débarque du ciel. On a vu ce que ce type de parachutage a donné lors des dernières élections municipales [Séguin].
P.M. Et la date des municipales, êtes-vous favorable à 2008 ou à 2007 ?
F. de P. Le report des élections municipales au printemps 2008 impose un délai d’un an après les élections présidentielle et législatives. Autant dire que la première année du gouvernement issu des élections de 2007 risque d’être perdue à cause de la perspective de cette nouvelle campagne électorale municipale. Et pourtant, la France a tant besoin d’action et de réformes ! La sagesse serait de mettre les municipales à l’automne 2007.
P.M. Et si l’idée prenait à Chirac de revenir à l’Hôtel de Ville ?
F. de P. Alors il faudrait songer à créer une fonction de maire d’honneur.
P.M. Chirac, vous le connaissez bien. Sera-t-il candidat à la présidentielle ?
F. de P. Il n’y a que lui qui puisse répondre à cette question. J’ai toutefois la conviction que nous sommes entrés, avec le nouveau millénaire, dans une autre époque. Tout s’accélère. Les rythmes ne sont plus les mêmes. Nous ne communiquons plus de la même manière. Il me semble que nous avons besoin d’un homme ou d’une femme de notre temps, de notre génération, pour appréhender ces phénomènes nouveaux.
P.M. A quoi attribuez-vous cette vogue qui porte aujourd’hui les femmes en politique ?
F. de P. Je remarque que ce mouvement en faveur des femmes concerne d’abord celles qui ont une véritable expérience et ont gagné une vraie légitimité à travers leurs mandats et leurs responsabilités ministérielles. Etre femme aujourd’hui peut être éventuellement un atout mais ça ne saurait suffire. Il faut faire ses preuves. Et, de ce point de vue, nous sommes logées à la même enseigne que les hommes. Les partis politiques ne nous ménagent pas. On ne peut pas résumer un parcours politique au seul fait d’être une femme.
P.M. Vous côtoyez Ségolène Royal à l’Assemblée. Est-ce que vous vous parlez ?
F. de P. Bien sûr, il nous arrive de nous parler. Pas plus, du moins pour l’instant.
P.M. Quelles sont les femmes que vous admirez ?
F. de P. Indira Gandhi, Golda Meir, Angela Merkel, bien sûr Simone Veil. J’ai une admiration particulière pour une grande résistante, Marie-Madeleine Fourcade, qui a été l’une des héroïnes du réseau Alliance. C’est un exemple de courage et d’anticonformisme dans une époque difficile.
P.M. Quelle est, à votre avis, la principale qualité des femmes en politique?
F. de P. Elles sont pragmatiques. Elles ont une grande capacité à se mettre à la place des autres car elles ont des vies successives qui s’additionnent.
P.M. Quel est votre projet ? Certains de vos adversaires vous reprochent d’être plus une image qu’un programme...
F. de P. C’est toujours ce que l’on dit des femmes. J’ai vu beaucoup d’hommes politiques sans projet à qui on n’adressait pas ce reproche. J’en ai vu d’autres avec beaucoup de projets irréalistes, ou non réalisés, et, pis encore, avec de mauvais projets.
P.M. Dans ces mauvais projets, vous incluez Delanoë et sa politique de circulation à Paris ?
F. de P. Pourquoi mettre en place une politique de restriction de la circulation à Paris ? D’abord pour lutter contre la pollution. Là, nous sommes tous d’accord. Mais je vous signale que la pollution baisse régulièrement de 3 % à Paris. Elle n’a pas plus baissé depuis Delanoë qu’avant. A partir du moment où il y a des embouteillages inextricables, les gaz toxiques ne diminuent pas, au contraire. Le maire de Paris s’y prend mal. Par idéologie et en oubliant tout pragmatisme, il n’a pas voulu tenir compte des Parisiens qui souffrent aujourd’hui dans ce grand piège qu’est devenue leur ville. A cause de lui, beaucoup de Parisiens souvent âgés se trouvent dans un grand isolement provoqué par les difficultés dues à la mauvaise circulation. M. Delanoë n’a réussi qu’à dresser les Parisiens les uns contre les autres, les piétons contre les automobilistes, les automobilistes contre les cyclistes. Il a fait baisser le petit commerce déjà en difficulté et il a découragé toute une partie de la population qui a besoin de sa voiture pour des raisons professionnelles ou personnelles mais qui ne peut plus ni circuler ni stationner. C’est à tout cela qu’il faut remédier.
P.M. Comment votre famille regarde-t-elle votre carrière ?
F. de P. Je ne suis pas happée par la vie politique. J’ai toujours eu à cœur de préserver ma vie familiale, à laquelle je tiens. Je veille à maintenir l’équilibre et l’harmonie avec mon mari, mes enfants et bientôt mes quatre petits-enfants, comme le font toutes les femmes qui travaillent. C’est vrai que je n’ai pas le temps de m’ennuyer.
P.M. Jamais de tiraillements ?
F. de P. Non, mais j’ai beaucoup de chance. Guy, mon mari, et moi partageons toutes les décisions prises, que ce soit celles qui le touchent ou celles qui me concernent. Chacun prend sa part dans l’histoire sans complexe et avec bonheur.
P.M. D’où vous vient votre formidable énergie, votre ambition ?
F. de P. L’envie d’être utile. Si on n’a pas envie d’être utile aux autres, il ne faut pas faire de politique. Et puis j’aime être dans le mouvement de mon pays, de ma ville et du monde. J’ai une grande curiosité pour les autres. Mes parents m’ont élevée dans cette exigence du service public. Mon père, François Missoffe, qui fut ministre du général de Gaulle, me répétait souvent : “Ne pas participer, c’est le seul péché.”
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