Alors pour ceux qui disent que les socialistes ne disent rien sur le Moyen-Orient.... et c'est vrai qu'il y en a pas mal... François Hollande, lui, a dit... courageux le bonhomme !
Israël fait fausse route en survolant l’espace aérien libanais,
affirme le chef de l’opposition en France
François Hollande à « L’Orient-Le Jour » : La Syrie s’est retirée du Liban, et elle ne peut pas y remettre les pieds ou les mains
par Michel HAJJI GEORGIOU
C’est un déplacement remarqué, pour le moins apaisant, que le premier secrétaire du Parti socialiste français, François Hollande, a fait au Liban durant les dernières quarante-huit heures. Limpide, le chef de l’opposition parlementaire a ainsi définitivement dissipé certaines craintes dans les rangs de la majorité du 14 Mars sur la politique française par rapport à la souveraineté du Liban et à la capacité de nuisance du régime de Bachar el-Assad au pays du Cèdre. Des craintes liées au prochain départ, au terme de son mandat, du plus grand allié actuel du Liban indépendant, du président français Jacques Chirac et à une alternance au pouvoir favorable aux socialistes. Le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, avait été le premier à évoquer ces craintes au lendemain de la visite de Jack Lang à Bachar el-Assad, durant la guerre de juillet, mais il avait aussitôt pris l’avion pour La Rochelle afin de couper court, dans le camp socialiste, à toute possibilité d’ouverture sur Damas, sous le couvert du processus de paix, qui pourrait mettre en péril le fragile édifice en construction de l’État libanais souverain.
L’attachement de François Hollande à la dynamique de libération du Liban de l’emprise syrienne est manifeste. D’emblée, dans le cadre d’une causerie conviviale avec les journalistes de la presse libanaise francophone à la Résidence des Pins, en présence notamment de l’ambassadeur de France, Bernard Émié, M. Hollande rappelle que c’est du Liban même – sinon de la place forte de l’opposition à l’occupation syrienne à l’époque, Moukhtara, où il se trouvait avec une délégation du Parti socialiste européen – qu’il avait été témoin de l’océan de vie du 14 mars 2005.
« Puis, lorsqu’il y a eu la guerre, de la place qui est la mienne, j’ai exprimé des positions qui étaient celles de la France. Je me devais donc de revenir au Liban dans cette phase particulière de reconstruction et de relance de l’économie libanaise. Une phase aussi, et je l’ai bien mesuré, d’incertitudes », dit-il.
« J’ai senti qu’il fallait venir rappeler les positions du PS car, en définitive, il pourrait y avoir des interrogations des amis libanais, qui se demandent – lorsque Jacques Chirac ne sera plus président de la République, et si le nouveau président est de gauche – est-ce que ce dernier prendra, vis-à-vis du Liban, les mêmes engagements, et établira les mêmes liens. Je dirai “oui” pour les engagements, mais pas nécessairement pour les mêmes liens », affirme M. Hollande. « Nous voulons travailler avec l’ensemble des Libanais, avec le président de la République qui sera élu en automne 2007 et en fonction des gouvernements successifs. Même si nous avons une relation particulière avec Walid Joumblatt, nous voulons élargir aussi nos relations avec l’ensemble de la société politique libanaise et, en tout cas, prendre les mêmes engagements, tout faire pour que le Liban puisse accéder à sa pleine souveraineté, avoir une sécurité de ses frontières, vivre en paix, connaître une démocratie pleine et entière, se débarrasser de l’influence extérieure. En bref, (œuvrer pour) le Liban que les Libanais veulent. Il était important, avant une échéance politique majeure, que le PS vienne rappeler que la position qu’a adoptée la France à l’égard du Liban ces derniers mois sera la position de la France en 2007 si c’est vers nous que les électeurs se dirigent », souligne-t-il.
« Des principes, pas des rapports personnels »
Qu’à cela ne tienne, François Hollande ne se prive pas, règle du jeu oblige, de glisser la remarque suivante concernant la vision du PS au sujet des rapports franco-libanais au cas où un candidat – ou une candidate – du parti succèderait à Jacques Chirac : « Nous n’avons certes pas les mêmes façons de faire. M. Chirac avait des relations personnelles avec Rafic Hariri et avec la famille Hariri. Nous nous déterminons par rapport à des principes politiques. Nous avons nos propres amitiés. Nous avons aussi des liens historiques, depuis François Mitterrand et Kamal Joumblatt. »
Et de préciser quelle sera la ligne de conduite, le corps de principes qui guidera l’action du PS : « L’essentiel, c’est que le Liban puisse être débarrassé de toute influence extérieure, puisse vivre pleinement sa démocratie, puisse avoir des frontières sûres, puisse connaître également sa pleine souveraineté et son unité. À cet égard, après la guerre, il est essentiel que la Finul renforcée réussisse dans sa mission. Nous devons tout faire pour que cette Finul puisse jouer tout son rôle jusqu’au bout. Il n’est pas question de montrer quelque hésitation que ce soit par rapport à la présence des troupes françaises dans cette Finul », dit-il.
Dans ce cadre, François Hollande note qu’à mesure de leur déploiement, il est important que les troupes de la Finul « puissent avoir des niveaux de présence militaire ».
« Pour que la résolution 1701 s’applique, il ne faut pas simplement une force d’interposition, il faut que le Hezbollah se retire et soit demain désarmé. Il faut aussi que les Israéliens s’engagent à se retirer des fermes de Chebaa et évitent les survols de l’espace aérien libanais, qui sont interprétés ici comme une provocation. À quoi servent ces survols ? À surveiller le déploiement de la Finul ? Si c’est le cas, qu’ils demandent des informations. Si c’est pour surveiller le départ des éléments armés du Hezbollah, je ne suis pas sûr que dans les conditions actuelles, ces informations seront données aux Israéliens. Ces survols sont inefficaces, inutiles et dangereux. Ils peuvent même être déplorables pour le déploiement de la Finul et sa crédibilité. De l’intérêt même des Israéliens, ces survols sont inopportuns », note-t-il.
Et de revenir à la charge : « Nous avons des liens avec le Parti travailliste israélien, et je vais leur dire combien ce type de survol est contraire à l’esprit même que nous avons voulu engager à travers le retrait des uns et des autres et le rétablissement de la paix. La partie israélienne fait fausse route en survolant l’espace libanais. La provocation est aussi vis-à-vis de l’ONU et des pays qui ont envoyé des contingents, et c’est dans ce sens aussi qu’elle est inacceptable. » « L’intérêt des Israéliens, c’est que la frontière soit sécurisée, que le Hezbollah soit désarmé, que les Libanais prennent confiance dans leur propre armée, pour permettre la bonne application de la 1701 », ajoute le chef de l’opposition.
« Nous serons intransigeants » sur la souveraineté libanaise
Interrogé sur le déplacement en Syrie, bien peu apprécié au Liban, du député socialiste Jack Lang, François Hollande répond avec fermeté : « C’était une initiative personnelle. D’ailleurs, il n’est plus candidat à l’élection présidentielle. »
Le leader de l’opposition profite de la question pour dissiper toutes les inquiétudes concernant un changement d’attitude par rapport à la Syrie sur la question libanaise. « Un président socialiste discutera avec toutes les parties au conflit. S’il veut régler la question du Proche-Orient, la Syrie sera un interlocuteur parmi d’autres », dit-il. « Mais, vis-à-vis du Liban, nous serons extrêmement fermes à l’égard de la Syrie. La Syrie s’est retirée du Liban, elle n’aurait jamais dû y venir, et elle ne peut pas, de quelque manière que ce soit, y remettre les pieds ou les mains. Nous aurons des relations avec la Syrie dans un cadre qui sera bien compris. La Syrie sera forcément, à un moment ou un autre, dans des négociations régionales et nous aurons des rapports pouvant permettre la présence de tous. Mais vis-à-vis du Liban, nous serons intransigeants », souligne-t-il.
François Hollande approuve l’attitude de la France par rapport à la gestion du dossier libanais durant la dernière guerre, tout comme il dit n’avoir pas été choqué par l’attitude de Jacques Chirac au sujet de la participation du président Lahoud au sommet francophone de Bucarest. Émile Lahoud que, d’ailleurs, il n’a évidemment pas rencontré durant son séjour.
Dans le cadre de son séjour, François Hollande a rencontré le président de la Chambre, Nabih Berry, a effectué une tournée du Liban-Sud pour s’enquérir des conditions de séjour de la Finul, et s’est entretenu avec les pôles du 14 Mars. Mais il a aussi pu, en l’espace de quelques heures passées au Liban, mesurer l’état de discorde entretenu dans le pays par les différents chefs. Un sujet qu’il n’abordera pas de front. Celui qui écrit, dans son dernier ouvrage, Devoirs de vérité, fondé sur des entretiens avec Edwy Plenel, que c’est le collectif qui doit porter l’individuel, le projet et le contrat qui doivent déterminer la dynamique politique, a pu mesurer l’ampleur du clivage qui existe dans le pays, notamment sur le plan chrétien.
François Hollande précise directement qu’il n’est « pas là pour dire ce qu’il y a lieu de faire ». « Je ne suis pas spécialiste du gouvernement d’union nationale ni des discussions en quinze jours, encore moins des cohabitations multiples. Je ne veux pas rentrer dans le jeu politique libanais, j’ai suffisamment à faire au niveau du jeu national », dit-il. Il ne se prive pas non plus d’affirmer qu’il « cherche à savoir quelle est la stratégie » du général Michel Aoun, qu’il n’a pas non plus rencontré. « Je n’ai pas rencontré les partisans du général Aoun à Paris, je le ferai peut-être. Je me pose d’ailleurs la question de savoir quelle est aujourd’hui sa stratégie politique. Lorsque j’ai été, à Paris, à la manifestation dans la foulée du 14 mars 2005, il y avait des représentants du général Aoun. Si j’avais eu plus de temps, j’aurais bien aimé comprendre. » Sous-entendu, non-dit, comprendre pourquoi le général Aoun n’est plus dans les rangs des forces du 14 Mars.
François Hollande n’a pas non plus rencontré des représentants du Hezbollah durant son séjour, parce qu’il n’a vu « que des institutions ». Mais le peu d’enthousiasme dans ce sens est manifeste. M. Hollande estime que « l’armée libanaise doit être la mieux équipée possible, la mieux formée possible, pour qu’elle puisse prendre en main le destin de son pays en cas d’agression extérieure », et que « c’est à l’armée libanaise de procéder à la récupération des armes et à la démilitarisation du Hezbollah ».
Et de conclure : « Dès lors que la frontière sera sécurisée, que les fermes de Chebaa auront été restituées et que les Libanais auront recouvré tout leur territoire, quel sera le sens même de l’armement du Hezbollah ? Le premier temps est de permettre à l’armée libanaise d’établir sa pleine souveraineté, la deuxième est de procéder au désarmement. L’armement du Hezbollah n’aura plus d’objet. »
Sources : LORIENT LE JOUR
Posté par Adriana Evangelizt
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